mardi 24 novembre 2009

Le Mystère

Nous avons perdu le sens du mystère, et avec lui toute possibilité d'ouverture. Notre époque est à ce point préconçue et balisée de signes, que la lumière ne nous parvient plus directement. Nous ne voyons plus rien que ce qui est prévu, n'entendons plus rien que ce qu'on dit. La raison a tout quadrillé et nous y avons gagné, mais nous y avons perdu l'espace vital de l'esprit lui-même. A une autre époque il y avait dans chaque foyer un génie questionnant, une imagination oeuvrant à la compilation d'une mythologie singulière. La représentation libère autant qu'elle emprisonne: elle nous libère de l'au-delà et nous permet de nous l'approprier en l'intégrant dans notre monde, mais du même coup elle nous enferme dans son système.

Je me suis souvent demandé comment l'homme d'aujourd'hui pourrait accéder à une spiritualité sans renoncer à la raison et sans accorder de foi à des chimères. Je crois que j'ai trouvé ma solution: le mystère. En ce qui me concerne j'ai dû beaucoup travailler pour trouver ce chemin: toute ma raison y est passée, car il a fallu que je comprenne ce qu'elle était de l'intérieur.

... en cours

un commentaire laissé sur le blog nexussix:

Bonjour,
Merci de votre réponse. Je comprend bien le sens de votre démarche, plutôt poétique qu’analytique. Dans mon premier commentaire je parlais de l’œuvre elle-même, je m’explique.
Peu importe le domaine particulier de la pensée que l’on choisit, le raisonnement est le même, la physique par exemple. Un physicien du 19ème siècle disait “les masses s’attirent”, celui du 20ème dit sans doute “l’espace est courbe”; mais aucun des deux ne pourra jamais atteindre cette réalité pour en avoir une preuve. Ce sont des histoires pour l’intuition humaine, juste parce que nous sommes des êtres fait comme ça: on a besoin d’images et de représentations, on a besoin de mythologiser. La seule chose qui soit scientifique est l’anticipation quantitative de la causalité au travers d’équations d'observables implantées dans des dispositifs de laboratoires. Mais la physique n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ce que je veux dire est que notre connaissance, nos conceptions, nos fonctions cognitives, sont utiles, mais ne nous donnent jamais accès à la réalité des choses elle-même: on n’ira jamais voir au-delà de notre vision, et notre vision est une création subjective autant qu’un fait de civilisation. Donc l’univers est et restera à tout jamais un mystère total en-soi. Le déflorer est une activité incessante, mais un échec. Cet échec est à mon avis notre lot pour toujours, mais il est beau, c’est une activité poétique vitale. Je crois que ce qui importe vraiment est de se donner ou de se redonner un accès au mystère, la pensée est toujours trop totalitaire, c’est inhérent à son principe: elle est là pour nous permettre de nous approprier le mystère et nous donner un monde vivable où assouvir nos besoins et désirs. Aujourd’hui le sens du mystère est à peu près complètement occulté, on y a plus accès, Nicolas Hulot représente la nature, Suez l’exploite, nous voulons en faire un musée, etc. etc. etc. Notre époque est saturée de signes. Mais pour redevenir créateurs il faut avant tout retourner à la source: là où les représentations se créent, selon un principe de plaisir et de mythologie intime, face au fait fondamental de notre condition qui est que le mystère nous entoure de toute part.
Bonne journée,
Laurent

... en cours

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